devenir adulte

Être adulte, c’est dur. Être jeune adulte, c’est un peu plus dur.  Vous remarquerez qu’on parle aussi de l’adulescence : cette phase floue de transition entre l’adolescence et la phase adulte. Pourquoi cette phase transitoire est de moins en moins pris au sérieux (par les “vrais adultes”) et de plus en plus longue? Et quelles sont les conséquences sur la vie d’un(e) adulte?


Personnellement, j’ai mis longtemps à intégrer que j’étais adulte. Ça fait pourtant déjà 10 ans. Pour cause, je n’ai pas ressenti ce que j’avais espéré, voire planifié ressentir lors de devenir adulte. Je suppose que je m’attendais à ce que du jour au lendemain, les gens commenceraient à me traiter différemment. Oui, j’ai aussi trop regardé Les frères Scott. Même si j’ai commencé à payer le loyer, et que j’ai pu cesser de compter sur mes parents pour payer mes études, mentalement la transition était plus difficile.

J’ai réalisé que je n’étais pas la seule dans ce cas. Certains changements sociétaux ont contribué à ralentir le début de la phase adulte. On va voir dans cet article ce qui retarde cette étape et ses conséquences.

Des études plus longues et plus couteuses

Avec les exigences du monde professionnel, faire des études plus longues devient plus commun. Les jeunes visent le bac+5 et au delà pour être surs d’être sur la bonne voie. Au master s’ajoute le master spécialisé, ou encore le doctorat. Bref, les études semblent interminables. Alors qu’avant, il était commun de commencer à travailler vers 22 ou 23 ans, ce n’est pas étrange de commencer à 24-26 ans de nos jours. Comme si cela n’était pas suffisant, on commence la vie active avec plus de dettes également. De plus en plus de jeunes prennent des prêts étudiants car leurs parents ne peuvent pas payer leurs études. 

Je pense qu’on peut dire que ce n’est pas la situation financière idéale pour commencer la vie active. Le résultat, c’est que nous avons des jeunes qui tardent plus à prendre leur indépendance. Ils retournent même parfois chez leurs parents pour pouvoir rembourser leurs prêts. Beaucoup de jeunes adultes vivent ces situations comme un échec, et se sentent infantilisés et dépendants.

Une vraie tendance à vouloir expérimenter et profiter de la vie

J’en avais déjà parlé dans mon article sur les millenials, mais je vais le répéter ici. Les jeunes adultes (millenials compris) préfèrent parfois faire un compromis sur les revenus pour une expérience plus épanouissante. Okay, et des fois, ils ne font qu’un compromis sur le salaire tout court. Sinon, en supposant qu’ils ont pris leurs parents comme contre-exemple de personnes épanouies, ils n’hésitent pas à prendre une année sabbatique, à lancer un projet indépendant ou encore à s’expatrier. Le risque en vaut peut-être la chandelle. Toutefois, il semblerait que quand ces aventures ne mènent pas toujours à des chemins de vie plus stables et plus lucratives, les individus se retrouvent bien souvent frustrés (et ont plus de mal à décoller) par rapport à leurs semblables qui cherchent une voie plus classique.

Le problème ne vient pas du fait de vouloir « expérimenter », mais plutôt celui de ne pas prendre cette expérimentation au sérieux, comme si celle-ci ne comptait pas. Au final ces adultes se retrouvent pas loin de leur trentaine avec les conséquences de leur expériences qu’ils n’ont pas su arrêter ou faire durer. L’expérimentation devient du coup de la procrastination déguisée.

À lire : Les Millenials et l’argent

Des choix de vie stratégiques plus (trop) tard

Avec la fin des études tardive, cela décale aussi la construction d’une vie sentimentale stable à plus tard. Ce n’est pas absolument nécessaire, mais la vie sentimentale a beaucoup d’impact sur les décisions, les finances et le patrimoine individuel d’une personne. Beaucoup de gens se « casent » avec la personne qui semble être la plus proche d’eux pendant leur vingtaine, et pensent “faire passer le temps”. La phase adulte est retardée quand ces personnes ne prennent pas en compte l’importance de faire ces choix stratégiques alors que le moment est encore bon. 

Ceux qui ne sont pas en couple dans leur vingtaine et qui ne cherchent pas un partenaire stable se retrouvent à accélérer toutes les étapes une fois qu’ils sont avec une personne à peu près correcte. Des décisions sur le mariage et les enfants se font plus hâtivement, sous pression et dans l’urgence. Autant vous dire que le succès sur le plan sentimental sur le long terme n’est pas toujours au rendez-vous.

Une attitude peu encourageante des adultes

Un dernier point que je voulais soulever, c’était concernant l’attitude des adultes plus âgés envers les jeunes adultes. Le mot « millenial » n’a fait que décrédibiliser les jeunes adultes à cause de toutes les connotations négatives qui l’accompagnent. Je pense que les adultes ont de plus en plus de mal à prendre ces gens de 20/30 ans au sérieux, et à les voir comme plus frivoles. Même les parents de ces jeunes adultes ont tendance à traiter cette prise d’initiative comme une énième crise d’adolescence ou une crise identitaire. Les parents se disent : «  c’est pas grave il/elle a le temps ». 

La vérité, c’est qu’il faut traiter les choix des jeunes adultes comme de vrais choix, et non pas comme des expériences dénuées de sens. Tester, c’est aussi faire des choix courageux par la suite. Bien sûr, les jeunes adultes ont besoin d’être rassurés, mais ils ont aussi besoin d’être pris au sérieux par leurs parents, leurs employeurs et leurs semblables.

À lire : The defining decade par Meg Jay

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2 réflexions au sujet de « Devenir Adulte : Pourquoi on parle d’adulescence ? »

  1. Coucou Amrine,
    Je n’ai vu cet article que maintenant (mieux vaut tard que jamais) et c’est l’une des choses les plus vraies que j’ai lu.
    A 24 ans et sortant de mes études, j’ai vraiment du mal à trouver un emploi stable dans ma branche. Le bon vieux, “pas assez d’expériences”, sauf que si on ne nous donne pas notre chance on en aura jamais. Du coup pour prendre son envol et quitter le cocon familiale, on va devoir attendre. Du coup mes parents ne me voient pas vraiment comme une adulte de 24 ans car je vis encore chez eux, et je n’ai pas de compagnon. Eh oui la vieille conception qu’une femme doit trouver un homme pour se caser et quitter le domicile familiale est bien tenace. Du coup je ne me sens pas adulte non plus. Le fait qu’on m’appelle madame me met mal à l’aise. De plus, ne pas avoir mon chez moi, ne pas être entièrement indépendante comme je pensais l’être à mon âge est plu que frustrant, surtout lorsqu’on a un caractère indépendant.
    Je connais beaucoup de personne pour qui vivre chez ses parents est normal, bien qu’ils aient les moyens de partir, car ils n’ont pas ce besoin intrinsèque d’être indépendant et de se prendre en charge.
    J’ai remarqué aussi que beaucoup de parents sont heureux d’avoir leur enfants plus longtemps, car eux aussi se sentent plus jeunes. Avoir son enfant chez soi veut dire qu’il n’est pas encore adulte, et donc qu’ils ne sont pas si vieux que ça.
    Tout cela dû aux exigences du monde du travail qui veut et les diplômes et l’expérience, ainsi qu’ à la société qui ne s’est pas encore adaptée aux jeunes adultes fauchés et endettés par leurs études, qui ne mènent pas toujours à un meilleur emploi qu’une formation professionnalisante en 2 pou 3 ans au lieu de 5 -6 ans.

    En tout cas ton contenu reste intéressant et utile aussi bien en vidéos qu’en articles. J’adore!!
    Bisous
    Karen

    1. Coucou Karen! Ce n’est que maintenant que je vois ce commentaire! Merci d’avoir apporté ton point de vue à ce problème, en te lisant, j’ai eu aussi une autre perspective. Tu as 100% raison, et je pense qu’on se rendra plus compte de ce problème dans 10-20 ans quand on sera obligé de changer de mode d’embauche et de travail, parce que les gens ne pourront plus manger. Mais c’est clair que depuis 10 ans, on trouve aussi facilement un emploi à BAC +2 qu’à BAC + 5 dans certains domaines. Je te comprends tout à fait concernant ta phase de vivre chez tes parents. On n’a pas d’autre choix que de faire ses propres choix et de mettre des barrières pour ne pas être trop infantilisée. Je te souhaite de pouvoir prendre ton indépendance dans tous les cas, peu importe où tu vis! Bises et merci pour ce commentaire très révélateur sur ce sujet.

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